Parmi toutes les séries affublées du pénible qualificatif “de fille” que nous servent les chaînes américaines chaque année, Being Erica est une des seules à vraiment valoir le détour. Evidemment, la série n’est pas parfaite, mais indéniablement, elle dépasse de beaucoup toutes les tentatives de ressucées lamentables de Sex and the city. Et je ne suis pas loin de penser que c’est parce que cette série est canadienne, et pas états-unienne!
Being Erica d’abord, c’est Erica Strange. La petite trentaine dans la première saison, elle n’a rien fait de palpitant de sa vie. Elle sort avec des mecs pas géniaux, elle est teleprospectrice, vit toujours dans son appartement d’étudiante-qui est loin d’être mal soit dit en passant- et sa petite soeur parfaite, blonde et chirurgienne est sur le point de convoler avec son parfait-petit-ami du lycée.
Dans un roman red-dress-ink, Erica trouverait l’amour et le boulot de ses rêves en sortant d’une boutique Manolo Blanicks. Dans la série, elle accepte d’être assistante dans une maison d’édition, tout en voyageant dans son passé pour corriger ses erreurs. Mais ce n’est pas cette brève irruption de fantastique doux et nostalgique dont je veux parler quand je parle d’originalité, c’est plutôt l’univers dans lequel évolue Erica qui enchante par sa relative absence de clichés.

Erin Karpluk, alias Erica Strange
La religion :
Tous les bons papiers vous le diront. Ne pas croire en Dieu aux Etats-Unis est une grosse tare. Si les séries pouvaient se passer de trop de références religieuses dans les années 90, c’est, selon moi, presque terminé depuis le 11 Septembre. Erica Strange n’échappe pas à la règle, puisqu’on sait dès le premier épisode qu’elle est juive et que son père est rabin. Cela dit, jamais Erica n’agit en fonction de sa religion et elle ne fait aucune référence à Dieu dans ses démarches pour arranger sa vie. Celui qui l’aide n’est pas un ange gardien descendu du Paradis comme dans Drop Dead Diva, c’est le docteur Tom : un psy. Bref un humain, intelligent, qui passe son temps à citer des écrivains et des philosophes et pas quelqun de “la haut”. Pour moi, ça n’a rien d’anecdotique.
Dans un épisode de la saison 1, Erica doit être marraine (enfin l’équivalent juif de la marraine) d’un jeune bébé de sexe masculin, et pour ce faire, elle doit le tenir pendant la circonsicion. Elle ne se sent pas du tout investie d’une quelconque mission divine et prend même la chose assez mal puisqu’elle se montre incapable de le faire. Aucune force supra-humaine ne vient l’aider avant la fin de l’épisode. Et si son père est rabin, il l’est devenu sur le tard, après avoir divorcé de sa mère, il porte une kippa rasta et fume des joints. Sans être un loser de première, il n’est pas le pater familias protecteur qui réconforte ses filles en citant des extraits de la torah. Pas de “born again” chez les Strange, pas de discours moralisateurs sur le bonheur d’être en famille et d’avoir des enfants. Mais pas le contraire non plus. La série se contente de sonner juste et c’est tant mieux.
Bon, il y a bien l’épisode 9 de la 3eme saison qui pourrait un peu contredire tout ça. Erica y fait une référence directe au fait qu’elle est juive et qu’un écrivain qu’elle édite lui fait offense en cachant son passé de juif traditionaliste, mais c’est la seule fausse note que j’ai trouvé sur la religion jusqu’à maintenant et c’est plutôt du au fait qu’elle se sent trahie d’avoir découvert son mensonge puisqu’elle publie son autobiographie!
La famille
Dans les premiers épisodes, il y a une rivalité apparente entre Erica l’ainée, et sa petite soeur. Comme je le disais, sa petite soeur est l’image même de la soeur parfaite : jolie, mince, blonde, chirurgienne et fiancée à son petit ami du collège. Alors qu’Erica enchaine les jobs alimentaires et les relations sans lendemains. Erica, qui sait que le petit ami en question est un gros con, se fait taxer de méchance et de jalouse. Ca c’est pour la partie la moins élaborée du scénario.
Ce qui est chouette, comme déjà pour le traitement de la religion, c’est qu’aucune situation n’est encensée ou mise au pilori. Le meilleur ami d’Erica et sa femme divorcent, les parents d’Erica sont divorcés, tandis qu’on prépare le mariage de la petite dernière. Le mariage n’apparait ni comme une plaie, ni comme le but à atteindre pour réussir sa vie. Ca fait du bien. Personne ne parle à Erica d’horloge biologique qui fait tic tac tic tac parce qu’elle n’a pas d’enfant. Vivifiant!
L’homosexualité
Invité-e d’honneur des années 2000, l’homosexuel-lle est bien présent dans Being Erica. Mais pas de manière caricaturale comme Stanford et Anthony de Sex and the city. Le modèle de la “grande folle” a fait son temps et les personnages homos de la série sont plus nuancés et intégrés. Sans égaler la formidable réussite du duo Susan-Carol dans Friends, Cassidy aka ” la copine lesbienne de fac ” a tout de la fille sympa qui a eu le coeur brisé quand Erica a mis fin à leur relation naissante parce que non, elle n’avait pas envie de continuer d’essayer d’être bi pour être cool. J’ai un peu plus de réserve envers Brett, l’aspirant éditeur dont les dents rayent le parquet. Mais son homosexualité apparente semble à plusieurs reprise être une façade. Dommage que la série, qui ne compte que 13 épisodes par saison, n’ait pas le temps de plus s’intéresser à lui.
La 3eme saison est plus ouvertement “gay friendly” puisqu’on a le droit à un épisode où tout le monde se prépare à aller manifester à la “Pride” et qu’un couple de gay dirige le bar à côté du nouveau job d’Erica. Si l’épisode est un peu too much et m’a donné envie de chanter une chanson qui ressemblerait à ” Les homos sont nos amis, il faut les aimer aussi, comme nous ils ont une âme, comme Morbach et Moucham” il a le mérite de montrer des gens normaux s’amuser avec d’autres gens normaux et de mettre un évènement important de la communauté gay au premier plan sans en rajouter. Le passage où un des patrons du bar est tout emoustillé parce qu’il voit la poitrine de Julianne, la collègue d’Erica est lui aussi plutôt intéressant. On ne tombe jamais dans le graveleux et les personnages gays ne sont pas caricaturaux. Encore un bon point.
Les trucs de fille, les soirées pyjamas, les copines et le cocooning et le no matters that you are black or white
A aucun moment on ne voit Erica et ses amies devenir hystérique parce que les soldes vont commencer. Aucune marque de chaussures ou de luxe n’est mentionnée. Erica ne déprime pas chez elle en mangeant du chocolat et en regardant Pretty Woman et sa meilleure amie est noire, sans qu’à aucun moment on ne fasse de référence à son ethnicité. Dans la 3eme saison, elle retrouve son premier petit ami ( seconde-première) et il est blanc! Erica est une juive qui ne met que rarement les pieds à la synagogue, sa meilleure amie est une noire qui ne chante pas des airs de gospell… Peut-être qu’en fait la science-fiction n’est pas là où on l’imagine!
La psychanalyse
C’est là aussi un des bons points de la série. Ok, Erica est aidée par une force “surhumaine” à retourner dans le passé pour modifier ses principaux regrets. Mais contrairement à des tas de séries américaines diffusées l’après-midi sur M6, son compagnon de voyage n’est pas un ange, mais un docteur. Parce que c’est surtout en ça que Being Erica se démarque, et ça reprend mon premier point. Ce n’est pas Dieu qui aide Erica, on n’est pas dans les Anges du Bonheur. Et franchement, ça fait un bien fou, qu’on soit attaché à une religion ou pas, de voir enfin une série ou Dieu n’est pas la solution. En ces temps de Born againisme omniprésent, Being Erica étonne par sa modernité, là où franchement, on ne l’attendait pas.